Alexis Choplain est un artiste multidisciplinaire diplômé de l’Ecole Supérieure des Arts visuels de Mons en Belgique, section IDM ©. Sa démarche établie à mi-chemin entre le perceptible et l’imperceptible se trouve caractérisée par une expérimentation constante. Ses recherches plastiques commencent à l’Ecole Supérieure d’Architecture de Marseille, puis à l’ESADMM de Marseille, avant de l’amener à s’installer en 2013 au Mexique pour suivre une formation en lithographie à La Curtiduria, à Oaxaca de Juarez.

 

Sensible aux logiques Do it yourself, Alexis garde de son voyage au Mexique un attrait particulier pour la capacité des artistes locaux à créer avec des moyens légers et selon un processus de réemploi, de détournement d’objets et de matières premières. À son arrivée en Belgique en 2014, le processus devient partie intégrante de son travail, il s’intéresse alors intuitivement à son environnement direct et plus particulièrement, au bestiaire ménager à partir duquel il extrait les systèmes électromécaniques qui demeurent aujourd’hui encore des matériaux privilégiés pour ses projets. Il perçoit en eux une richesse d’actions et se met alors à explorer le fonctionnement des machines à laver, pieds mixer, robots de cuisine, etc., qu’il récupère ci-et-là à moindre coût. À cette période, il démantèle, casse, puis recompose pour offrir à ces objets la possibilité d’exister au- delà de leur fonction initiale, parfois jusqu’à l’absurde, en contraignant par exemple la mise en route de scies à pain électrique à la présence d’une luminosité suffisante, ou en inversant le processus d’aspirateurs afin de souligner des modes d’actions singuliers désormais dilués dans l’usage quotidien. Ces tentatives de détournements lui permettront d’expérimenter une certaine poésie machinique, tout en accumulant des connaissances techniques qui le mèneront à un apprentissage autodidacte de l’électronique analogique, qui deviendra le médium principal de ses projets.

 

A partir de 2015, ce processus de recherche, à mi-chemin entre création et expérimentation technique, le pousse vers une quête électrique nourrie par le biais des plateformes de partage de connaissances en ligne. Il acquiert l’autonomie nécessaire à ses projets tout en soutenant celles et ceux qui contribuent à élargir l’accès gratuit à ce type de savoir. L’électricité, aussi omniprésente soit-elle, est invisible et reste étonnamment contradictoire. Elle peut refroidir un congélateur à des températures extrêmes et faire rougir des résistances à des milliers de degrés. Elle peut devenir son, lumière, provoquer le magnétisme, transporter des informations... A notre échelle, nous ne percevons les manifestations de son passage qu’au travers d’objets qu’elle active. A partir de ce constat évident mais nécessaire à réaliser que la lumière produite en appuyant sur un interrupteur est déjà quelque chose de remarquable en soi, Alexis Choplain focalise son attention sur la fugacité et le potentiel d’action de cette entité, elle aussi démystifiée par un usage utilitaire. Il commence alors à fantasmer des dispositifs qui n’auraient d’autre fonction que de rendre perceptibles ses fluctuations.

C’est à travers l’eau que ses expérimentations avec le courant électrique débutent. La confrontation de ces deux éléments à priori antagonistes introduit dès 2015 le thème de chorégraphie aquatique dans son travail. Une même méthode expérimentale, consistant à jouer avec des changements d’échelles successifs, traverse et structure la démarche de l’artiste. Alexis effectue des allers-retours incessants entre le très petit et le très grand et chaque nouveau projet mène ainsi à une compréhension plus globale des phénomènes mis en jeu antérieurement, comme le ferait un chercheur de laboratoire. Cette méthode itérative est particulièrement visible entre les pièces Uninvisible Lab et SIGNO_: chacune de ces versions nécessitait de penser la spécificité des contraintes engagées par les matériaux utilisés et la dimension de réalisation souhaitée. Cette adaptation systématique du matériel technique lui permet de tendre vers une conception totale inspirée du low tech et des objets usuels étudiés auparavant.

Au fur et à mesure des expériences, la structure de ses projets tend à disparaître au profit de dispositifs dilatés dans l’espace. Cet effacement révèle une fragilité chère à l’artiste, faisant émerger une poétique de l’objet usuel et déconstruisant l’aspect définitif que l’on attribue à une œuvre. Chaque partie est modulable afin que les installations restent le plus ouvertes possible. Cette fragmentation de l’objet lui permet d’investir des environnements variés, lieux atypiques aussi bien qu’institutionnels comme le RecyK pour l’exposition Obsolescence Déprogrammée à Bruxelles, le Sahara Tunisien, ou encore l’exposition Un autre monde dans notre monde coordonnée par le fonds de dotation Agnès b. au FRAC PACA en 2019 ainsi qu’au FRAC Grand Large en 2020. Ou encore, durant une résidence en tant qu’artiste associé à La Métive, lieu international de recherche et de création artistique, Alexis Choplain développe dernièrement un projet dans un ancien moulin hydroélectrique.

 

Par le biais de sa pratique, il découvre une réelle possibilité d’échanges et de partages de ses connaissances. Son intérêt pour la transmission de savoir l’amène à animer des ateliers d’électronique, de démantèlement d’objets ainsi que des partenariats avec des associations, des établissements scolaires, notamment deux classes du Lycée Agricole d’Ahun où se trouve La Métive et avec lesquelles le projet Faire danser l’eau est développé. La volonté d’inscrire ce processus de création dans une dynamique territoriale établit un lien entre la démarche artistique et les réalités professionnelles et socioculturelles du territoire creusois : le projet tisse un réseau de compétences variées grâce aux partenariats mis en place avec les élèves, les professeurs de physique et d’éducation socioculturelle, l’atelier métal de l’Esat d’Ahun, la Dynamo - ressourcerie de Chambon-Sur- Voueize, un tourneur sur bois -Cyril Moré-, les Ateliers de la Mine, et les municipalités d’Ahun et du Moutier d’Ahun, village classé au titre des monuments historiques. Ce projet d’éducation artistique et culturelle soutenu par la DRAAF et La DRAC Nouvelle-Aquitaine a notamment été lauréat des projets EAC des lycées de l’académie de Limoges et finaliste du prix national de l’audace artistique et culturelle 2020.

D é m a r c h e

image00015_edited.jpg